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Le travail silencieux des Filles de la Charité en Haïti

Au service des plus humbles
25 juillet 2019
Guillemette Leclaire

Dans la région de La Plaine, juste à l’extérieur de Port-au-Prince, cinq Filles de la Charité, deux espagnoles, une haïtienne et une polonaise, dirigent un dispensaire médical et un centre de jour pour personnes âgées, l’unique aide pour nombre de leurs voisins.

Dans le quartier, comme beaucoup d’autres dans la capitale haïtienne, la plupart des maisons n’ont ni électricité ni eau. Là où les rues ne sont pas asphaltées et où il y a partout des montagnes d’ordures, le petit-déjeuner que fournissent les Sœurs du centre sont pour la majorité le seul repas de la journée.

« En Haïti, les gens ont vraiment faim », déclare Natalia Martínez de Pablo, Valencienne âgée de 72 ans et dotée d’une « santé de fer ». Elle est la plus âgée des Filles de la Charité du pays. Arrivée il y a 27 ans, elle a découvert Haïti après avoir traversé la Suisse et la Thaïlande.

« Au moins ici ils mangent, ils ont un peu de nourriture, sinon, ils n’ont rien. Ce sont des gens totalement abandonnés », se lamente-t-elle.

Les conditions de vie sont misérables pour plus de la moitié des 10 millions d’Haïtiens, et la situation s’est encore aggravée ces dernières semaines en raison des tensions politiques et sociales suscitées par les violentes manifestations contre le gouvernement.

La religieuse raconte : « Une dame m'a dit qu’elle avait tellement faim qu’elle avait mangé tous les médicaments qui lui avaient été prescrits pour calmer son estomac

Haïti est le théâtre de violentes manifestations depuis le 7 février, date du deuxième anniversaire de l’arrivée au pouvoir du président Jovenel Moise. Dans un contexte de grande crise économique, aggravée cette année par une forte dépréciation de la gourde (monnaie officielle), les prix de la vie quotidienne ne cessent d’augmenter.

« Au cours de ces dernières semaines, la population n’avait rien à manger car ils n’arrivaient pas vendre le peu de biens qu’ils avaient », explique Mónica de Juan, madrilène, responsable de la mission « La Milagrosa », où se trouve le centre.

Fréquenté par 50 personnes âgées chaque jour, (certaines avec des problèmes psychiatriques), le centre assiste la clinique médicale dans laquelle travaillent seulement 5 médecins, pour les 300 patients quotidiens.

Bien que le centre reste ouvert malgré les conditions actuelles, la majorité du personnel reste chez lui par crainte des barricades, des pillages et des manifestations violentes qui ont déjà fait au moins 9 morts.

Les Filles de la Charité sont décidées à rester malgré le mauvais souvenir de l’agression du centre il y a quelques années où certaines d’entre elles avaient été battues.

« Ils nous respectent. La population sait que les communautés religieuses sont présentes pour aider les personnes vulnérables. À chaque fois que nous avons de quoi leur venir en aide, nous le faisons. », déclare Sœur Monica, installée en Haïti depuis 8 ans.

De plus, tous les 15 jours, les religieux, qui assistent également les urgences médicales les week-ends, rendent visite aux malades à domicile.

Ernst 46 ans et avant bénévole au centre de jour, a eu le fémur fracturé suite à une mauvaise chute en novembre dernier. Il lui avait fallu 15 jours pour être hospitalisé à l’hôpital vers lequel il avait été transféré car celui-ci ne disposait pas du matériel nécessaire à l’opération. Il y avait déjà à cette époque des instabilités accompagnées de barrages routiers et de manifestations.

Aujourd’hui, Ernst se remet petit à petit et quitte de temps en temps sa minuscule maison de tôle perforée, pour se promener avec l’aide d’un religieux promeneur dans les rues poussiéreuses de son quartier.

En dépit de la grave situation dans le pays, Sœur Natalia déplore que Haïti ne soit jamais une actualité, sauf en cas de catastrophe grave telle que le tremblement de terre de 2010, qui a coûté la vie à 300 000 personnes. « Beaucoup de bruit de temps en temps, puis plus rien. »

Pour sœur Monica aussi, le problème est que « l’aide arrive à des moments spécifiques » au lieu de fournir un autre type d’assistance sur le long terme pour « aide le pays à progresser ».

Les sœurs se rappellent avoir du venir en aide aux malades de l’épidémie de choléra qui a éclaté en 2010 et qui avait coûté la vie à plus de 9 000 personnes, avant l’arrivée des ONG.

Elles concluent sans perdre le sourire, :

« C’est une chance de pouvoir être ici en dépit de toutes les difficultés », déclare sœur Monica, tandis que sœur Natalia ajoute « je suis à ma place, je ne voudrais pas changer de vie ».

« L’unique gratitude est celle de sentir la petite utilité apportée à chaque personne venant nous demander de l’aide. », conclut Sœur Monica Jiménez.

 

Sources:

https://www.periodicolaperla.com/el-silencioso-trabajo-de-las-misioneras-en-haiti/

https://famvin.org/fr/2019/06/20/le-travail-silencieux-des-filles-de-la-charite-en-haiti/

 

 

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