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Bienheureuse Soeur Rosalie Rendu

Une Fille de la Charité qui a marqué son temps
7 février 2020
Guillemette OLIVIER
Histoire des Filles de la Charité

 

    1848 : une nouvelle émeute éclate dans Paris, opposant le pouvoir à une classe ouvrière déchaînée par la misère et par la haine. Soudain, un officier de la Garde Mobile se précipite dans la petite cour de la maison des Filles de la Charité, proche de la rue Mouffetard. Il est poursuivi par des émeutiers en furie. Une petite sœur s’interpose alors entre les combattants, criant d’une voix ferme : “Ici, on ne tue pas !” – “Mais dehors, si ! On l’emmène !”. La sœur se jette alors à genoux : “Au nom de tout ce que j’ai fait pour vous, pour vos femmes et vos enfants, je vous demande la vie de cet homme !”. Lentement et dans un silence presque religieux, les fusils s’abaissent, quelques hommes pleurent, tous se retirent… L’officier est sauvé ! “Qui êtes-vous, ma sœur ?” demande-t-il, reconnaissant et ému. “Rien, monsieur, une simple Fille de la Charité”.

Cette “simple Fille de la Charité” est née en 1786, près de Gex, dans le Jura. Ses parents, les Rendu, jouissent d’une certaine aisance et d’une réelle estime dans tout le pays. Jeanne-Marie est leur premier enfant et sera suivie par trois petites sœurs. Lors de la Révolution, la maison familiale est un refuge sûr pour les prêtres fidèles à l’Église. L’évêque d’Annecy lui-même y trouvera asile. Jeanne-Marie, d’abord intriguée par ce domestique entouré de tant de respect, découvre une nuit qu’il célèbre la messe ! C’est alors l’occasion pour la maman d’expliquer à sa fille, malgré son jeune âge, la triste situation de la France et les raisons de leur engagement en faveur du clergé fidèle. C’est donc dans une atmosphère de foi solide et de confiance en Dieu dans le danger que Jeanne-Marie grandira, sérieuse et généreuse. Elle fera sa première communion une nuit, dans la cave de sa maison, à la lueur d’une bougie.

En 1796, la famille est durement éprouvée par la mort du papa puis de la dernière petite sœur. Madame Rendu aurait bien besoin du soutien de son aînée mais, soucieuse de son éducation, elle l’envoie au pensionnat des sœurs Ursulines de Gex. C’est là que Jeanne-Marie découvre, lors de ses promenades dans la ville, l’existence des Filles de la Charité. Tout de suite, elle est conquise et n’a plus qu’un désir : devenir comme elles ! Sa généreuse maman ne dresse aucun obstacle. Elle lui permet d’abord, malgré son jeune âge, de passer plusieurs semaines chez les Filles de la Charité de Gex, en vue de bien discerner la volonté de Dieu. Puis, ayant interrogé le curé de Gex sur l’opportunité d’une telle décision, elle consent à laisser entrer sa fille au postulat, alors qu’elle n’a que quinze ans et demi !

Jeanne-Marie se rend donc à Paris, où elle est accueillie à la maison-mère des Filles de la Charité ; elle reçoit le nom de Sœur Rosalie.

Arrivée à l’âge de 16 ans elle est envoyée quelques mois plus tard comme postulante à la maison des Filles de la Charité du quartier Mouffetard. Elle y reçoit sa formation tout en se donnant au service des pauvres, Sœur Rosalie y restera jusqu’à sa mort 54 ans plus tard ! Bel exemple de fidélité au service des plus pauvres, vécu avec un élan intérieur qui ne fera que croître au fil des ans et des difficultés surmontées.

Chaque jour et par tous les temps, Sœur Rosalie arpente les rues et ruelles du quartier, son chapelet à la main, son panier dans l’autre, à la rencontre de ceux, nombreux en ce quartier le plus misérable de la capitale, qui attendent d’elle secours et réconfort. Inlassablement et avec une grande bonté, elle soigne, nourrit, visite, console, apaise… Déjà, elle découvre le bien-fondé de cette parole qu’elle aime tant répéter :

« Une Fille de la Charité est comme une borne sur laquelle tous ceux qui sont fatigués ont le droit de déposer leur fardeau ». 

Elle apprend également à faire de la rue le cloître où elle ne cesse de s’entretenir avec Dieu.

« Jamais je ne fais si bien oraison que dans la rue » dit-elle.

En 1815, Sœur Rosalie est nommée supérieure de la communauté. Ses qualités de dévouement et d’organisatrice se révèlent alors pleinement. Peu à peu, c’est tout un réseau d’œuvres charitables qui s’édifie autour de la maison des sœurs : un dispensaire, une pharmacie, une crèche, un orphelinat, une école, un patronage, une maison pour les vieillards sans ressource… Plus elle côtoie la misère, moins elle ne peut s’y habituer.

« Il y a quelque chose qui m’enlève tout appétit – avoue-t-elle- c’est l’idée que tant de familles manquent de pain »

Les épreuves ne manquent pas dans ce quartier si pauvre : Le manque d’hygiène favorise les épidémies, notamment celles de choléra qui font de nombreuses victimes. Les risques pris par les sœurs en ces circonstances frappent les habitants. Sœur Rosalie n’hésite pas à ramasser elle-même dans la rue les corps contaminés ! Tant de dévouement et de bonté contribuent à sa renommée. Les dons affluent pour ces œuvres… et les bonnes volontés aussi. De nombreux étudiants arrivent du quartier latin pour lui prêter main forte. C’est ainsi que Sœur Rosalie initiera le futur Bienheureux Frédéric Ozanam aux visites de charité chez les plus démunis, notamment en lui prodiguant de nombreux conseils sur la manière chrétienne de considérer et d’aider les indigents.

Sœur Rosalie a également à cœur d’éduquer ses filles. Elle tient à leur faire goûter la joie de se donner pour les autres. L’une d’elles racontera : « si à la suite d’une démarche, nous rapportions une bonne réponse, elle nous envoyait la communiquer aux familles intéressées pour nous faire jouir de leur bonheur et nous encourager »

À la suite de Saint Vincent de Paul, elle veut que les pauvres soient servis avec un grand respect : « Ils sont nos seigneurs et nos maîtres ! Y avez-vous pensé, ma sœur, lorsque vous avez expédié ce pauvre si rudement ? ».

Avec délicatesse, elle sait faire appel à la conscience de celles que le Seigneur lui a confié pour qu’elle les aide à être de bonnes consacrées. « Sa formule ordinaire était celle-ci : “Notre Seigneur demandait cela de vous… Ne l’avez-vous pas compris ? »

Le 7 Février 1856, après une courte maladie qui a eu raison de son organisme usé, Sœur Rosalie rend son âme à Dieu. L’émotion est considérable chez les riches comme chez les pauvres, à Paris comme en province. Son enterrement est un triomphe et la presse de toute tendance lui rend hommage..

 Soeur Rosalie Rendu est béatifiée par Saint Jean-Paul II en 2003:

..."À une époque troublée par des conflits sociaux, Rosalie Rendu s'est joyeusement faite la servante des plus pauvres, pour redonner à chacun sa dignité, par des aides matérielles, par l'éducation et l'enseignement du mystère chrétien, poussant Frédéric Ozanam à se mettre au service des pauvres. Sa charité était inventive. Où puisait-elle la force pour réaliser autant de choses ? C'est dans son intense vie d'oraison et dans sa prière incessante du chapelet, qui ne la quittait pas. Son secret était simple :  en vraie fille de Vincent de Paul, comme une autre religieuse de son temps, sainte Catherine Labouré, voit en tout homme le visage du Christ. Rendons grâce pour le témoignage de charité que la famille vincentienne ne cesse de donner au monde!"...

Saint Jean-Paul II

 

"Les pauvres vous diront des injures. Plus ils sont grossiers, plus vous devez en être dignes. Rappelez-vous que ces haillons vous cachent Notre Seigneur" 

Bienheureuse Rosalie Rendu

 

Prov. 31, 20-26 Elle ouvrit sa main à la misère, la tendit au Pauvre. Dans sa bouche, il n'y avait que parole de bonté.

"O Dieu, qui as fait don à la bienheureuse Rosalie, vierge, de ton Esprit d'Amour, pour qu'elle fût en aide à ceux qui sont dans la détresse et l'abandon. À son exemple, donne-nous aussi la joie de découvrir le Christ dans les Pauvres et de Le servir avec une inlassable charité."

(Grandes figures - Diocèse de Belley-Ars)

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